Les aliments ultra transformés, comme les sodas et les chips, seraient élaborés pour être aussi addictifs que le tabac, d’après une nouvelle étude américaine publiée le lundi 2 février. Ils encourageraient à la dépendance et à la consommation, grâce à certains ingrédients et certaines saveurs irrésistibles. Les chercheurs recommandent de mieux les réglementer, au même titre que la cigarette, d’autant que ces produits sont déjà liés à des problèmes de santé, dont l’obésité.
Les aliments ultra transformés (AUT) sont des produits industriels fabriqués à partir de procédés complexes et d’ingrédients peu coûteux, extraits ou dérivés d’aliments entiers. Ils contiennent pour la plupart des additifs, des conservateurs, des édulcorants, des colorants, des émulsifiants et des arômes artificiels qu’on ne trouve pas dans l’épicerie du coin. Parmi ces AUT figurent les boissons gazeuses (comme les sodas), les barres chocolatées, les biscuits, les chips, les en-cas, les glaces ou encore les viennoiseries. Trop sucrés, trop salés ou trop gras, ces aliments déclenchent de fortes fringales.
L’industrie agro-alimentaire s’inspire de l’industrie du tabac
Ces faims intenses font souvent penser à de la dépendance ou à l’addiction, comme celle qu’on trouve dans la cigarette. Des chercheurs américains soupçonnent d’ailleurs l’industrie agro-alimentaire d’avoir appliqué à la nourriture les techniques de l’industrie du tabac. Dans une nouvelle étude publiée le lundi 2 février dans la revue médicale The Milbank Quarterly, des scientifiques des Universités de Harvard, du Michigan et de Duke affirment que les AUT sont élaborés pour être aussi addictifs que la cigarette.
« Les cigarettes et les produits ultratransformés ne sont pas de simples produits naturels, mais des systèmes de consommation hautement sophistiqués, conçus spécifiquement pour maximiser le renforcement [un mécanisme favorisant l’addiction] biologique et psychologique et encourager la surconsommation », avancent-ils.
Les aliments ultra transformés et les cigarettes partagent cinq points majeurs dans leur conception
Dans leurs travaux, les chercheurs américains se sont spécifiquement intéressés à cinq domaines clés dans la fabrication des AUT et des cigarettes. Ce sont : l’optimisation de la dose, la vitesse d’administration, l’ingénierie hédonique (la recherche du plaisir), l’ubiquité environnementale et la reformulation trompeuse. Les scientifiques relèvent notamment que les aliments ultra-transformés fournissent des doses anormalement élevées, d’une manière trop rapide et souvent dans des combinaisons suspectes d’ingrédients dits de récompense. Ces aliments seraient ainsi suffisamment gratifiants pour inciter à une consommation régulière et presque compulsive.
Les aliments ultra transformés ont des effets « euphorisants » après consommation
Les auteurs de l’étude soutiennent par ailleurs que les AUT agissent sur l’humeur, avec des effets « euphorisants » après consommation, comme après la consommation de nicotine chez les fumeurs. De plus, ajoutent-ils, ces produits sont fabriqués pour créer des goûts complexes, à partit d’ingrédients aux propriétés parfois addictives. Selon les scientifiques américains, le problème est que les gens se familiarisent trop avec les saveurs intenses de ces aliments ultra-transformés et sont moins satisfaits lorsqu’ils consomment des aliments naturels. Leur cerveau assimile désormais les AUT à la pleine satisfaction.
Des allégations marketing susceptibles de tromper les consommateurs et de retarder la réglementation
En outre, les chercheurs américains notent que l’industrie agro-alimentaire a adopté les pratiques de la filière du tabac pour ce qui concerne la manière de commercialiser les produits. Ils pointent du doigt les allégations marketing telles que « faible en gras » ou « sans sucre », susceptibles de tromper les consommateurs et même de retarder la réglementation, qui doit devenir plus stricte.
Enfin, les auteurs dénoncent le discours pervers de cette industrie qui considère que les personnes accros à leurs produits transformés ont un problème d’auto-régulation. Autrement dit, les industriels rejettent la faute sur les consommateurs, qui ne sauraient pas se maîtriser. Du pur cynisme selon les scientifiques. « Ces caractéristiques, prises ensemble, détournent la biologie humaine, portent atteinte à la liberté individuelle et contribuent fortement aux maladies et aux coûts des soins de santé », concluent les scientifiques.





