Capgemini, géant France de l’informatique, a annoncé dimanche la mise en vente de sa filiale aux États-Unis, travaillant pour la très controversée police américaine de l’immigration (ICE). Cette branche fournirait un outil pour identifier et localiser des migrants illégaux, un procédé connu sous le nom de « skip-tracing ». Les syndicats et le gouvernement français ont demandé des explications au groupe technologique présent dans une cinquantaine de pays dans le monde.
Dimanche 1er février, le géant français de l’informatique Capgemini a annoncé la vente de sa filiale américaine travaillant pour la police de l’immigration des États-Unis, l’ICE, après la révélation d’un contrat pour la fourniture d’un outil d’identification et de localisation de personnes étrangères. « Capgemini va mettre en vente sa filiale Capgemini Government Solutions, et le processus de cession de cette entité, qui représente 0,4 % du chiffre d’affaires estimé du groupe en 2025 [moins de 2 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis], sera initié immédiatement », a déclaré l’entreprise dans un communiqué.
La filiale prendrait « des décisions de manière autonome »
Dans ce communiqué, Capgemini explique « que les contraintes légales habituelles imposées aux États-Unis pour contracter avec des entités fédérales menant des activités classifiées » ne lui « permettaient pas d’exercer un contrôle approprié sur certains aspects des opérations de cette filiale, afin d’assurer un alignement avec [ses] objectifs ».
Dans un message publié sur LinkedIn, cette fois, le directeur général du groupe, Aiman Ezzat, confie avoir découvert « par des sources publiques » l’existence du contrat conclu par la filiale américaine, spécialisée depuis quinze ans dans les services au gouvernement fédéral US. Soumise uniquement à la législation américaine, Capgemini Government Solutions prendrait « des décisions de manière autonome » et disposerait « de réseaux étanches », si on en croit le dirigeant. Il ajoute : « le groupe Capgemini est dans l’impossibilité d’accéder à toute information classifiée, à des contrats classifiés ».
Avec ce contrat, Capgemini pouvait toucher jusqu’à 365 millions de dollars
D’après des informations de l’association L’Observatoire des multinationales, publiées la semaine dernière et développées par France 2, Capgemini a obtenu le contrat incriminé le 18 décembre dernier avec l’administration américaine. Ce contrat porterait sur un montant de 4,8 millions de dollars. En fonction des résultats atteints par l’entreprise, la rémunération pourrait grimper jusqu’à 365 millions de dollars. Capgemini doit fournir à l’ICE un outil d’identification et de localisation de personnes étrangères, alors que cette police fédérale est mobilisée par le président américain Donald Trump dans une vaste campagne anti-immigration ayant occasionné la mort de deux personnes.
Le skip-tracing mouline des informations publiques et privées
L’Observatoire des multinationales assure que Capgemini Government Solutions fournissait déjà des services d’identification et de localisation de personnes étrangères (skip tracing) à l’ICE depuis la signature d’un avenant à un contrat le 9 octobre 2025. Pour cette prestation, le groupe aurait perçu 7 millions de dollars. Il faut noter que le skip-tracing est une pratique controversée reposant sur la collecte et l’analyse de données personnelles via des logiciels spécialisés.
Parmi les données recueillies figurent les informations publiques (registres électoraux, bases de données immobilières, permis de conduire, réseaux sociaux) et les informations privées (historique de crédit, adresses IP, numéros de téléphone, relevés bancaires). L’objectif est de pouvoir identifier et localiser des personnes étrangères, en particulier des migrants en situation irrégulière, pour les interpeller et procéder à leur expulsion du pays.
Capgemini critiqué en France après la révélation du contrat
Aux États-Unis, des activistes et des responsables politiques dénoncent la politique de l’administration Trump et l’appelle à retirer ICE de Minneapolis, où des manifestations ont lieu contre les méthodes brutales de cette police. En France aussi des dirigeants ont interpellé Capgemini sur sa responsabilité dans ce qui se passe en Amérique.
Le ministre de l’économie, Roland Lescure, à déclaré que « la moindre des chose de la part d’une entreprise française (…), c’est d’être transparente sur les contrats qu’elle a avec ICE, mais peut-être aussi qu’elle les questionne » du point de vue éthique. Pour sa part, Sophie Binet, secrétaire générale du syndicat CGT, a exigé de Capgemini qu’elle cesse « immédiatement » sa collaboration avec cette police qui rappelle l’époque de la ségrégation.





