Une page du palimpseste d’Archimède, considérée comme perdue depuis plusieurs décennies, a été identifiée par un chercheur CNRS au Musée des Beaux-Arts de Blois, dans le Loir-et-Cher. Le feuillet contient un passage du traité « De la sphère et du cylindre », œuvre majeure du célèbre mathématicien grec.
Une page du palimpseste d’Archimède, que l’on croyait définitivement perdue, a été récemment identifiée au Musée des Beaux-Arts de Blois, dans le Loir-et-Cher (France), par un chercheur du CNRS du nom de Victor Gysembergh. Elle contient un passage du traité « De la sphère et du cylindre », œuvre majeure du célèbre mathématicien grec.
Archimède de Syracuse, l’un des plus grands mathématiciens de l’histoire
Illustre savant grec, Archimède de Syracuse a vécu au IIIe siècle avant J.-C. On lui doit plusieurs découvertes scientifiques, dont le principe de flottabilité, qu’il a trouvé en s’exclamant « Eureka » (« J’ai trouvé »). L’érudit a aussi calculé le fameux chiffre pi et fait avancer considérablement la géométrie. Pendant plusieurs siècles, ses textes sont passés de main en main pour arriver à Constantinople (aujourd’hui Istanbul, en Turquie) au IXe siècle, dont le fameux palimpseste. Après avoir miraculeusement survécu au siège et le pillage de la ville par des croisés en 1024, ce manuscrit fut transféré dans un monastère en Palestine.
Le palimpseste d’Archimède a perdu des feuillets au XIIIe siècle
En 1229, un moine byzantin nommé Johannes Myronas aurait découpé des pages pour réutiliser le parchemin, un support devenu coûteux à l’époque. Grâce à une pierre ponce, il efface le texte d’Archimède pour écrire par-dessus un livret de messe. On perd ensuite la trace du manuscrit, entre Jérusalem et Constantinople. C’est 700 ans plus tard, en 1906, qu’un chercheur danois, Johan Ludvig Heiberg, redécouvre sous le livret de messe les écrits d’Archimède dans la bibliothèque d’une église de Constantinople. Il fit photographier le texte à la lumière blanche et ultraviolette. Conservées aujourd’hui à la Bibliothèque royale du Danemark, ces photographies restèrent longtemps la seule trace documentaire du codex, car le palimpseste disparut peu de temps après.
Un chercheur du CNRS découvre la page perdue du palimpseste d’Archimède
Le livre réapparait à nouveau en 1998 lors de sa mise aux enchères à New York chez Christie’s. Il est acheté à 2 millions de dollars par un collectionneur, mais il manque trois pages. En octobre 2025, le chercheur du CNRS Victor Gysembergh se rend compte que Blois avait longtemps abrité une partie des bibliothèques royales de France, où une page perdue était conservée. Il fait alors des recherches dans Arca, la bibliothèque numérique de l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT). « Eureka », la plateforme indique que le parchemin est au Musée des beaux-arts de Blois, inventaire 73.7.52. « C’est une belle surprise. Ça montre qu’il y a beaucoup de choses à trouver dans les réserves des musées, dans les collections, et ça montre aussi qu’il faut travailler avec les chercheurs pour identifier ce qui dort dans nos réserves », a déclaré le chercheur.
Il y a des chances que les deux autres pages aient également survécu
De premières analyses confirment qu’il s’agit bel et bien du feuillet numéro 123 du traité « De la sphère et du cylindre » du palimpseste d’Archimède. L’une des faces est encore lisible, l’autre recouverte par une enluminure ajoutée au XXe siècle à Paris par des marchands peu scrupuleux. Si l’une des trois pages disparues a survécu dans les réserves d’un musée et a pu être identifié en quelques secondes de recherche numérique, les deux autres peuvent avoir suivi la même trajectoire, estime Victor Gysembergh. En attendant de nouvelles découvertes, le chercheur va mener les premières campagnes d’imagerie d’ici un an. Il utilisera une approche multispectrale couplée à une série d’analyses par fluorescence X sur synchrotron. Objectif : tenter de révéler le texte masqué par l’enluminure.




