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Médecine régénérative : pourra-t-on un jour faire repousser un membre humain ?

La salamandre peut faire repousser un membre sectionné en quelques semaines. L’homme n’a pas cette capacité, mais il en rêve depuis toujours. Les scientifiques y travaillent ardemment, sans la certitude d’y parvenir un jour. Des chercheurs de l’Université de Stanford et de l’Institut Max-Planck de biologie cellulaire pensent cependant être sur le bon chemin. Ils disent avoir trouvé l’élément déterminant qui permet aux reptiles, aux amphibiens et aux crustacés de se régénérer.

Certains amphibiens (salamandres, axolotls, tritons), mollusques (poulpes) et crustacés (crabes) peuvent faire repousser un membre sectionné, en particulier les pattes, en quelques semaines ou en quelques mois. Les mammifères, en revanche, n’ont pas cette capacité de régénération. Pour les êtres humains, cette fonction biologique appartient au domaine de la science-fiction et à Hollywood, hormis certains organes comme le foie. Si l’on perd une jambe, par exemple, il faut porter une prothèse ou faire sans.

Faire repousser un membre et vaincre la mort, parmi les plus grands rêves de l’Humanité

Pourtant, les humains n’abdiquent pas. A l’image de leur entêtement à vaincre la mort, ils veulent aussi avoir le pouvoir de faire repousser un membre perdu. Depuis plusieurs années, des scientifiques y travaillent. Mais pour y parvenir, il leur faut d’abord comprendre le processus qui s’opère chez les reptiles, amphibiens et crustacés.

Cela permettra d’identifier ce qui nous manque et mettre en place un protocole pour combler ce « défaut ». C’est ce à quoi s’attèlent des chercheurs de l’Université de Stanford et de l’Institut Max-Planck de biologie cellulaire. Ils ont récemment annoncé avoir peut-être trouvé l’élément déterminant dans la repousse des membres de certains animaux.

L’hypoxie permet de faire repousser un membre en quelques jours ou semaines

Dans leurs travaux publiés en début d’année, les scientifiques américains et allemands indiquent avoir observé in vivo le micro-environnement des tissus régénérants chez la salamandre et découvert que la zone endommagée devient temporairement hypoxique - c’est‑à‑dire pauvre en oxygène – juste après une blessure ou une amputation.

Cette hypoxie déclenche une série de signaux qui activent la prolifération cellulaire, qui permet à son tour de constituer le membre perdu et de le faire repousser en quelques jours ou semaines. Face à ce constat, les biologistes ont artificiellement élevé la teneur en oxygène dans la zone endommagée d’une autre salamandre amputée. Et pour celle-ci, la régénération a été interrompue.

Des molécules spécifiques impliquées dans l’hypoxie

Les chercheurs de l’Université de Stanford et de l’Institut Max-Planck de biologie cellulaire en ont conclu que la repousse d’un membre amputé repose en partie sur la régulation de l’oxygène. Mais ce n’est pas tout. Ils ont également remarqué que des protéines spécifiques, connues pour contrôler l’adaptation des cellules à des environnements pauvres en gaz, régulaient la teneur en oxygène.

Parmi ces molécules figurent l’hypoxie 1 (HIF-1), un facteur de transcription essentiel qui permet aux cellules de s’adapter au manque d’oxygène (hypoxie). Elle a la particularité de moduler la production des facteurs régénérants. Par conséquent, il faudrait agir sur cette macromolécule biologique pour déclencher le processus de régénération.

Un protocole et des essais cliniques attendus

La découverte de ce mécanisme chez la salamandre par les chercheurs américains et allemands ouvre des perspectives révolutionnaires en matière de médecine régénérative. En effet, en parvenant à réguler temporairement le niveau d’oxygène dans les tissus humains blessés, l’homme pourrait rêver de reconstituer ses membres à l’avenir. En théorie…

Des essais cliniques s’imposent pour valider cette hypothèse. Des tests préliminaires effectués sur des tissus cutanés auraient déjà démontré que moduler la concentration d’oxygène favorise une réparation plus propre et moins fibreuse. Mais rien à voir avec des essais sur un être humain qui a perdu un bras ou une jambe. L’exploit semble quasi irréalisable. Cependant, ne dit-on pas que rêver c’est pouvoir ?

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