Contrairement à une idée répandue, les statues et monuments de la Grèce antique n’étaient pas tout blanc, mais décorés de couleurs flamboyantes. Un documentaire de la chaîne Arte intitulé « Les Couleurs de l’Antiquité » revient sur ce mythe qui perdure. Il indique que grâce aux nouvelles technologies de pointe, les archéologues peuvent aujourd’hui identifier les plus infimes traces de pigments dissous par le temps et révéler la polychromie des marbres.
Le Parthénon d’Athènes, le palais de Knossos en Crète et la Vénus de Milo ont un point en commun au-delà de se situer dans la Grèce antique : ils sont tous d’un blanc crème monochrome. On remarque cet aspect sur quasiment tous les vestiges – statues, monuments, sanctuaires – de cette civilisation. Fort de ce constat, on en est venu à penser que la Grèce antique était toute blanche. C’est l’idée qu’on s’en fait depuis toujours, ou plutôt depuis la redécouverte des sites par les archéologues. Mais cette vision de l’esthétique grecque est erronée.
Un documentaire Arte sur les véritables couleurs de la Grèce antique
En effet, les édifices et statues de la Grèce antique n’était pas d’un blanc immaculé, mais décorés de couleurs flamboyantes. C’est ce que révèle un documentaire Arte « Les Couleurs de l’Antiquité » diffusé pour la première fois le samedi 14 mars à 20h55. Cette création audiovisuelle didactique révèle que grâce aux nouvelles technologies de pointe, les spécialistes ont pu mettre au jour de minuscules traces de pigments qui subsistent encore sur certaines œuvres antiques et prouver la polychromie des marbres de la Grèce antique. Parmi ces technologies figurent les techniques d’imagerie avancée, la lumière ultraviolette, la spectrométrie, la microscopie numérique, l’analyse chimique et l’intelligence artificielle.
Des couleurs aussi variées qu’exotiques
Grâce à ces innovations techniques, les archéologues ont révélé la présence de plusieurs coloris minuscules sur les statues et édifices blancs. Il y avait du bleu égyptien, du vert malachite, du rouge garance, de l’ocre rouge et du jaune obtenus à partir de l’hématite (oxyde de fer). Ce sont les teintes le plus souvent employés.
Des chercheurs ont également identifié de l’azurite (bleu), de l’hématite (rouge), du cinabre (rouge vif), des pigments organiques (comme la pourpre issue du murex, un mollusque marin) et des liants (comme la cire ou l’œuf) pour fixer la couleur. Cette polychromie avait pour but de donner plus de réalisme aux œuvres et renforcer la lisibilité. Sur les frontons des temples, notamment, la couleur permettait de mieux distinguer les fresques.
Les éléments naturels ont blanchi les œuvres autrefois colorées
Face à ces révélations, une question mérite d’être posée : si les œuvres antiques grecques étaient si colorées, pourquoi sont-elles aujourd’hui toutes blanches ? Selon les spécialistes, ce sont les éléments qui ont rendu ces édifices blancs : la pluie, le vent, le soleil et l’acidité des sols. Au fil du temps, l’érosion naturelle a fait disparaître la plupart des pigments. Des historiens rappellent que le peintre Praxitèle (IVe siècle avant J-C), par exemple, ne travaillait jamais sans le peintre Nicias pour coloriser ses œuvres. Par ailleurs, dans la Grèce antique, les œuvres blanches étaient considérées comme inachevées, sans âme.
L’oubli de la polychromie des œuvres de la Grèce antique, une pure convenance
Selon le documentaire Arte, les historiens savaient que ces statues étaient peintes, puisqu’il y avait des traces de couleurs. Mais que le « bon goût », celui du blanc, les a poussés à ignorer cette polychromie. De leurs côtés, les musées privilégient la sobriété du marbre tel qu’il a traversé les siècles. Toutefois, certains expérimentent aujourd’hui des reconstitutions colorées pour permettre au public de se figurer l’apparence initiale des statues et monuments. Quoiqu’il en soit, le doc d’Arte invite à regarder autrement ces chefs‑d’œuvre antiques et à imaginer une Grèce ancienne bien plus flamboyante.




