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Pompéi : découverte de traces du polybolos, première arme automatique connue de l’histoire

Dans une étude publiée dans la revue Heritage, des archéologues annoncent avoir découvert à Pompéi des traces d’impact du polybolos, la première arme automatique connue de l’histoire. Des récits anciens décrivent cet instrument de combat comme une catapulte à répétition capable de lancer des projectiles en rafale. Si cette découverte confirmait son existence, elle nous inviterait à reconsidérer le niveau de sophistication technologique des armées antiques.

Pompéi, la cité ensevelie par l’éruption du Vésuve en l’an 79 après J.-C, n’a pas fini de dévoiler ses secrets enfouis depuis près de 2000 ans. Des archéologiques ont récemment annoncé, dans une étude publiée dans la revue Heritage, la découverte de cavités alignées sur les remparts nord du site qui pourraient correspondre aux tirs d’un polybolos. Cet instrument de combat, décrit dans des récits anciens comme un lance-fléchettes non manuel, est considérée depuis des décennies comme la première arme automatique connue de l’histoire. Mais son existence relevait d’un mythe plutôt que d’une réalité.

Philon de Byzance décrit une arme à manivelle capable de se charger automatiquement et de lancer plusieurs salves de flèches à la suite

Jusqu’ici, son existence reposait sur les déclarations de Philon de Byzance, un scientifique grec du IIIe siècle avant J.-C. Selon ses écrits, l’ingénieur Dionysus d’Alexandrie (IIIe siècle avant J.-C) a inventé une arme à manivelle capable de se charger automatiquement et de lancer plusieurs salves de flèches à la suite, grâce à un système d’engrenages et une chaîne d’entraînement. Son concepteur l’aurait appelé « polybolos » (du grec polybolos, « qui tire de nombreux coups »). Toutefois, aucun exemplaire physique n’a jamais été retrouvé. C’est pourquoi de nombreux historiens considéraient cette arme comme un pur concept, à l’instar de nombreuses inventions de Leonard de Vinci.

Des ingénieurs du début du XXe siècle ont tenté, en vain, de reproduire le polybolos

Ce qui n’a pas empêché des ingénieurs du début du XXe siècle, comme l’officier d’artillerie et archéologue allemand Erwin Schramm, d’essayer de reconstruire le polybolos tel que Philon de Byzance le décrivit. Mais leurs tentatives se sont soldées par des échecs, contribuant à renforcer le doute autour de l’existence réelle de ce baliste automatique à répétition.

Des arguments solides existaient toutefois en faveur de l’hypothèse de l’utilisation du polybolos lors du siège de Pompéi. En 89 avant J.-C, les troupes du général Lucius Cornelius Sylla ont assiégé la cité pour l’intégrer à l’Empire romain. Rome n’avait pas lésiné sur les moyens pour atteindre ses objectifs. Elle aurait perfectionné et utilisé cette arme pour écraser la résistance. Des impacts sur des murs suggèrent le recours à cette « mitrailleuse ».

La conservation des traces de polybolos facilitée par l’ensevelissement de Pompéi

« Ces traces originelles ont miraculeusement survécu aux restaurations romaines, aux catastrophes naturelles, aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale, à l’érosion et aux interventions du 20e siècle qui n’ont pas toujours pris en compte la valeur historique des témoignages que représentent ces marques sur les remparts », soulignent les chercheurs de l’Université de Campanie (région de Naples), à l’origine de la découverte. Dans leur étude publiée dans la revue Heritage, ils affirment que la conservation a été surtout facilitée par l’ensevelissement de Pompéi moins d’un siècle plus tard par les cendres du Vésuve. Sans cette catastrophe naturelle, ajoutent-ils, l’érosion aurait effacé les traces depuis longtemps.

Utilisation de scan laser 3D et de photogrammétrie pour analyser les impacts

Pour confirmer que ces traces provenaient de tirs du polybolos, l’équipe de l’Université de Campanie a entrepris de les analyser en utilisant le scan laser 3D et la photogrammétrie. Elle a pu mesurer la profondeur, la largeur et la forme exacte des cavités, puis remonter au type de force nécessaire pour les produire. Ce qui lui a permis d’imaginer la forme des flèches, leur angle d’entrée dans la roche et surtout le polybolos lui-même ! Les chercheurs ont ensuite créé des images numériquement à partir de ces nouvelles informations pour mettre en exergue la catapulte. Enfin, ils ont effectué des calculs balistiques indiquant que les projectiles atteignaient une vitesse d’environ 109 mètres par seconde.

D’autres recherches prévues sur le pourtour de la Méditerranée pour confirmer l’utilisation du polybolos

Les archéologues de l’Université de Campanie précisent que les impacts apparaissent par groupes de 4 ou 5. Cette disposition en éventail atteste la thèse de projectiles tirés en rafales, et non manuellement. Aussi, les scientifiques estiment qu’aucune arme individuelle connue de l’époque ne pouvait générer un motif répétitif avec une telle régularité, hormis le polybolos. « Il est plausible que Sulla (Sylla), commandant politiquement avisé et techniquement averti, ait pu utiliser les innovations rhodiennes lors du siège de Pompéi entre l’été 89 et l’hiver 88 [avant notre ère] », concluent-ils.

Les chercheurs italiens comptent désormais chercher et analyser des traces similaires laissées sur d’autres sites sur le pourtour de la Méditerranée. Ils sauront alors si cette première arme automatique a bien et bien existé et peut-être ce qu’elle est devenue. Une confirmation nous pousserait à reconsidérer le niveau de sophistication technologique des armées antiques.

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