Le Rentosertib, un médicament développé pour traiter la fibrose pulmonaire idiopathique (FPI), produirait des signes de rajeunissement du profil sanguin des patients soignés, selon une équipe de chercheurs. La molécule aurait fait baisser de 2,7 à 3,5 ans l’âge biologique à quatre semaines de traitement. De quoi faire reculer l’horloge biologique de plusieurs années ? Les auteurs eux-mêmes appellent à la prudence, en attendant de nouveaux tests cliniques.
Développé par Insilico Medicine à l’aide de l’IA générative, le rentosertib est un médicament conçu pour traiter la fibrose pulmonaire idiopathique (FPI). Cette maladie chronique se caractérise par la formation de tissus cicatriciels dans les poumons, qui s’aggravent avec le temps et altèrent la respiration ainsi que la qualité de vie. Mais des chercheurs ont remarqué que des patients traités avec le rentosertib ont paru plus jeunes biologiquement. Ils décrivent ce résultat comme une inversion du vieillissement naturel.
Le Rentosertib a permis de rajeunir les cellules sanguines de personnes atteintes de la FPI
Dans le cadre d’un essai clinique, les chercheurs ont testé le rentosertib sur 71 personnes atteintes de FPI pour voir s’il y avait une amélioration de la maladie. Et c’était effectivement le cas. Toutefois, ils ont été étonnés de constater également que ce médicament avait permis de rajeunir les cellules sanguines de personnes atteintes de cette maladie pulmonaire. Pour mieux comprendre comment cela a pu se produire, ils ont analysé une nouvelle fois des échantillons sanguins prélevés lors du premier test. Au cours de ce test initial, les 71 personnes atteintes de FPI avaient reçu l’une des deux doses du médicament (30 mg deux fois par jour ou 60 mg une fois par jour) ou un placebo pendant 12 semaines.
Six « horloges » protéomiques du vieillissement
Pour cette nouvelle analyse, les chercheurs ont examiné 2.841 protéines sanguines de 42 participants, âgés en moyenne de 67 ans. Ils ont eu recours à six « horloges » protéomiques du vieillissement, des outils d’IA qui estiment l’âge biologique à partir des variations de protéines associées au vieillissement. Ils ont été surpris de constater que toutes les horloges biologiques ont détecté une baisse de l’âge biologique (un rajeunissement des cellules sanguines) chez les personnes ayant reçu le médicament, même si chacune d’elle a produit une estimation différente. Dans le groupe ayant reçu 60 mg une fois par jour, ils ont enregistré des réductions allant de 2,71 à 3,46 ans.
Les effets anti-âge du traitement agissaient en partie indépendamment de ses bénéfices respiratoires
D’autres horloges et groupes de dosage du rentosertib ont donné des résultats différents, notamment des réductions plus élevées de l’âge biologique. Par conséquent, les chercheurs n’ont pas pu établir de valeur unique correspondant à la réduction globale de l’âge biologique induite par leur traitement. Les scientifiques ont également observé que les effets anti-âge du Rentosertib agissaient en partie indépendamment de ses bénéfices respiratoires. « La dose associée à la plus grande amélioration de la fonction pulmonaire différait de celle produisant le signal de rajeunissement le plus marqué, suggérant que l’activité géroprotectrice du médicament n’était pas simplement une conséquence de l’amélioration de la maladie », souligne les auteurs de l’étude dans un communiqué.
Les chercheurs à l’origine de l’étude travaillent pour la société Insilico Medicine, qui développe le rentosertib
Si ces résultats peuvent susciter de l’espoir, il faut savoir que cette étude présente plusieurs limites. Tout d’abord, l’amélioration des symptômes pulmonaires grâce au rentosertib pourrait être à l’origine du rajeunissement apparent du sang des malades. Ainsi, il est possible que les horloges aient détecté une amélioration de la maladie plutôt qu’une modification du vieillissement lui-même. Ensuite, les participants traités souffraient d’une même maladie et n’ont été suivis que pendant 12 semaines. Enfin, les chercheurs à l’origine de l’étude travaillent pour la société Insilico Medicine, qui développe le rentosertib. Il faudra donc une étude indépendante et plus poussée pour confirmer les résultats.





