En Éthiopie, un palais datant d’environ 800 avant Jésus-Christ pourrait avoir été l’un des premiers gratte-ciels de l’Antiquité, selon une étude publiée dans la revue Heritage. Les murs de ce complexe, situé dans le nord du pays, auraient théoriquement pu supporter jusqu’à 16 étages, même dans les hypothèses de calcul les plus prudentes. Cette découverte met en lumière les compétences techniques des bâtisseurs de cette époque, bien avant l’apparition du béton armé et de l’acier dans la construction moderne.
En Éthiopie, un palais datant d’environ 800 avant Jésus-Christ présente les caractéristiques d’un gratte-ciel. Le complexe en question est appelé Grat Be’al Gibri. Il est situé à Yeha, dans le nord du pays, situé dans la corne de l’Afrique. Selon une étude publiée dans la revue Heritage, ses murs auraient théoriquement pu supporter jusqu’à 16 étages, même dans les hypothèses de calcul les plus prudentes. Il pourrait ainsi être l’un des premiers « buildings » de l’Histoire.
Le palais de Grat Be’al Gibri, en Éthiopie, serait le plus vaste complexe connu de l’Antiquité en Afrique de l’Est et dans le sud de la péninsule Arabique
D’une superficie d’environ 60 mètres sur 60 mètres (plus de 196 pieds), le palais de Grat Be’al Gibri serait le plus vaste complexe connu de l’Antiquité en Afrique de l’Est et dans le sud de la péninsule Arabique. Cet édifice aurait été construit sur un podium d’environ six mètres de hauteur et comportait une entrée monumentale, un escalier ainsi que des piliers atteignant près de dix mètres. Les murs de fondation mesuraient environ 2,20 mètres d’épaisseur, tandis que ceux du rez-de-chaussée atteignaient 1,90 mètre. Ces caractéristiques, associées à la présence d’un escalier et à d’autres indices architecturaux, avaient déjà conduit les chercheurs à envisager une construction de huit niveaux. Mais un incendie ancien, suivi du pillage des pierres, a largement détruit le bâtiment. Il ne subsiste qu’une partie des structures inférieures.
L’édifice éthiopien construit avec de la pierre, du mortier d’argile et du bois
Selon Martin Drieschner et Mike Schnelle, les chercheurs à l’origine de la découverte, l’originalité de cette architecture réside notamment dans l’association de la pierre, du mortier d’argile et du bois. Les bâtisseurs utilisaient précisément des blocs de phonolite, une roche volcanique locale, renforcés par des poutres horizontales intégrées à la maçonnerie. Principalement issues de l’olivier africain et de l’espèce Cordia africana, ces poutres présentaient généralement une section proche de 24 centimètres. Cette combinaison permettait de répartir les charges et de renforcer les murs, selon un principe de construction composite qui rappelle certaines techniques modernes d’architecture associant bois et maçonnerie.
Les murs auraient pu théoriquement supporter entre 48 et 56 étages identiques
Pour évaluer la résistance de ces structures, Martin Drieschner et Mike Schnelle ont réalisé des modèles numériques en trois dimensions de deux sections représentatives du palais : un angle de mur et un passage de porte. Les chercheurs ont ensuite appliqué la méthode des éléments finis, utilisée en ingénierie pour simuler le comportement des matériaux sous différentes contraintes. Dans leurs calculs, ils ont pris en compte les incertitudes relatives aux propriétés de la pierre, du bois et du mortier. Avec des valeurs moyennes, les archéologues ont estimé que les murs auraient pu théoriquement supporter entre 48 et 56 étages identiques. Dans le scénario le plus défavorable, leur capacité atteindrait au moins 16 niveaux.
Les simulations n’ont pas intégré l’ensemble du bâtiment
Ces résultats ne signifient cependant pas que le palais comportait réellement autant d’étages. Les simulations concernent uniquement deux portions de murs et n’intègrent pas pleinement l’ensemble du bâtiment, ses planchers ou les effets horizontaux du vent. Par ailleurs, le mortier d’argile apparaît comme le principal point faible du système, davantage que les poutres en bois mises à contribution dans les tests numériques. Toutefois, l’importante résistance observée pendant les simulations permet de mieux comprendre l’effondrement du palais.
Mais cette étude montre que des techniques de construction sophistiquées existaient déjà en Éthiopie il y a près de 3 000 ans
Selon Martin Drieschner et Mike Schnelle, des charges ordinaires ne suffiraient pas à expliquer sa destruction, ce qui renforce l’hypothèse d’un incendie majeur. Ils souhaitent désormais approfondir leurs modèles en simulant les effets du feu et en réalisant des essais complémentaires. Au-delà de la découverte, leur étude souligne l’ingéniosité des sociétés anciennes et la transmission de leurs savoir-faire architecturaux. Elle montre que des techniques de construction sophistiquées existaient déjà en Afrique de l’Est près de trois millénaires avant notre époque, même si la hauteur réelle du palais reste inconnue.




