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Paludisme : notre sang pourrait bientôt tuer les moustiques 

Le paludisme bientôt un mauvais souvenir? Des chercheurs de l’université Notre-Dame, aux États-Unis, ont constaté que la nitisinone, médicament utilisé pour traiter certaines maladies rares, tue les moustiques et donc pourrait aider à limiter la propagation de la malaria. Cette découverte nécessite toutefois un essai sur le terrain pour déterminer sa réelle efficacité ainsi que les doses utiles.

Le paludisme fait partie des maladies les plus mortelles au monde. Chaque année, il est responsable de 600 000 décès, principalement dans les zones tropicales et pauvres comme l’Afrique subsaharienne. Cette pandémie est transmise par des moustiques femelles de l’espèce Anopholes gambiae. L’anophèle est un insecte hématophage, à l’instar des puces, tiques et mouches (tsé tsé en particulier). Ce qui signifie qu’elle vit du sang sucé aux êtres humains ou aux animaux.

Les chercheurs continuent de chercher le traitement du paludisme 

À ce jour, les seules solutions limitant la propagation de la malaria sont les moustiquaires et les insecticides. Ces moyens n’empêchent pas des milliers de morts chaque jour dans le monde. Les scientifiques continuent donc de chercher des remèdes plus efficaces. Il y a cinq ans, ils se sont rendus compte que l’ivermectine permettait de lutter contre le paludisme en réduisant la durée de vie des moustiques qui ingèrent du sang contenant cet antiparasitaire. Cependant, un problème est vite apparu. L’ivermectine est toxique pour l’environnement car il nuit à des organismes comme les vers de terre, essentiels aux écosystèmes. Pis, des résistances ont commencé à apparaître.

Un médicament pour les maladies rares pourrait contribuer à lutter contre la malaria 

En mars dernier, des chercheurs de l’université Notre-Dame (États-Unis) ont heureusement déniché un autre remède qui pourrait aider à limiter les populations de moustiques et ainsi à lutter contre la propagation du paludisme. Il s’agit de la nitisinone, un médicament traditionnellement utilisé pour traiter des maladies héréditaires rares. Réputé bloqué une enzyme problématique, ce remède empoisonne littéralement les moustiques.

La nitisinone tue tous les moustiques 

Grâce à ses caractéristiques, la nitisinone empêche les moustiques de digérer correctement le sang qu’ils ingèrent et ils meurent rapidement. De plus, le médicament dure plus longtemps dans le sang humain que l’ivermectine, jusqu’à 16 jours après sa prise initiale. De plus, il tue tous les moustiques, même les plus robustes et les plus âgés, plus susceptibles de transmettre le paludisme. Par ailleurs, le remède cible spécifiquement les insectes hématophages, c’est-à-dire ceux qui sont assoiffés de sang. Les chercheurs ont rapporté leur découverte dans la revue Science Translational Medicine.

Développer une couverture vaccinale et une immunité collective

Il faut noter que la nitisinone n’est pas efficace dans le traitement de la malaria elle-même. Elle sert essentiellement à tuer les moustiques femelles avant que celles-ci ne pondent leurs œufs. Ce médicament pourrait ainsi éradiquer les populations responsables de la transmission de la maladie. Globalement, l’objectif n’est pas de développer une immunité individuelle contre la malaria. Il s’agit plutôt de créer une couverture vaccinale et une immunité collective afin d’enrayer la pandémie.

L’usage de la nitisinone pour le paludisme pourrait baisser le prix du médicament pour les personnes souffrant de maladies rares 

Les chercheurs de l’université Notre-Dame précisent que la nitisinone pourrait être couplé à d’autres stratégies, comme les moustiquaires imbibées d’insecticides, les médicaments pour prévenir les épidémies de malaria et les vaccins eux-mêmes. Cette stratégie aiderait à mieux juguler la malaria. Elle pourrait s’avérer d’autant plus efficace dans les zones où les moustiques ont déjà développé des résistances à d’autres formes de traitement.

Éviter de se faire piquer est l’idéal 

D’ailleurs, le large usage de la nitisinone permettrait de baisser son prix pour les personnes souffrant de maladies génétiques rares comme la tyrosinémie de type 1 et l’alcaptonurie. Ce médicament a donc de multiples potentiels avantages. Toutefois, il implique de se faire d’abord piquer par les moustiques pour les tuer (sans oublier le fait qu’on soit obligé de boire un médicament). Et ce n’est pas forcément agréable. Le mieux serait de ne pas se faire sucer du tout. En attendant qu’on y arrive, empoisonner déjà les moustiques avec notre sang est un moindre sacrifice.

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