Ubisoft ne va pas bien. L’éditeur français a annoncé mercredi l’annulation de plusieurs jeux, la fermeture de studios, ainsi qu’une perte financière d’un milliard d’euros. Pour rebondir, il prévoit une refonte majeure de son organisation, de son modèle opérationnel et de son portefeuille. Mais le pire pourrait survenir avec son rachat global par Tencent.
Malgré une année fiscale 2024-2025 plutôt bonne, portée par les sorties de Star Wars Outlaws et d’Assassin’s Creed Shadows, Ubisoft ne va pas bien en 2026. Sa situation financière et sociale ne cesse de se dégrader. Le géant français des jeux vidéo a annoncé mercredi anticiper une perte opérationnelle d’environ 1 milliard d’euros sur son exercice 2025 – 2026.
Ubisoft annule plusieurs jeux importants
Face à la crise financière qu’il traverse, Ubisoft a annoncé l’annulation de six jeux vidéo, dont le très attendu remake de Prince of Persia : The Sands of Time. Initialement développé par Ubisoft Montréal, ce remake de l’un des plus grands succès de l’éditeur dans les années 2000 ne verra plus le jour malgré plusieurs années de développement. Il subit sa deuxième annulation pure et simple, alors que sa sortie était prévue dans quelques mois. Cinq autres titres, non dévoilés au public, seront également abandonnés. En revanche, sept jeux bénéficieront d’un temps de développement supplémentaire.
Une réorganisation en cinq pôles
Au-delà du portefeuille de jeux, Ubisoft va revoir complètement l’ensemble de son modèle. Le développeur veut restructurer ses forces en cinq pôles aux priorités distinctes. Deux de ces « Maisons Créatives » seront en charge des principales licences du studio, dans une optique de rationalisation des ressources humaines. La troisième s’occupera des jeux-services et du segment mobile, et la quatrième des marques historiques plus incertaines, comme Rayman ou Prince of Persia. Enfin, la cinquième branche regroupera les licences grand public, comme Just Dance.
Ubisoft a déjà fermé des studios
Ubisoft souhaite en outre fermer des studios ou procéder à des réorganisations internes, notamment à Helsinki, Malmö et Abou Dhabi. Le groupe a déjà fermé deux studios, à Halifax (Canada) et à Stockholm (Suède), avec à la clef 3000 postes supprimés. À la fin de l’année 2025, il comptait environ 17 000 salariés. Ubisoft a par ailleurs durci sa politique en matière de télétravail, en contraignant les employés à revenir au bureau. Ce qui a contribué à raviver les tensions internes, alors que ce mode de travail s’est largement imposé au sein du groupe depuis la pandémie. Le développeur prépare en outre un nouveau plan d’économies de 200 millions d’euros sur les deux prochaines années. Mais il va devoir piocher plus de 500 millions d’euros dans sa trésorerie pour pouvoir se maintenir à flot durant l’exercice fiscal en cours.
La valeur boursière d’Ubisoft a lourdement chuté en huit ans
Dans la foulée des annonces mercredi, la valeur d’Ubisoft s’est effondrée à la Bourse de Paris de près de 40%, pour s’afficher à 3,98 euros. Il s’agit de la plus forte baisse en séance de l’histoire du titre. Le précédent record date d’octobre 2013, avec un recul de 31,92%. Entre échecs commerciaux, difficultés financières, procès pour harcèlement et agression sexuelle, l’éditeur de jeux vidéo a connu une véritable descente aux enfers ces dernières années. Conséquence : la capitalisation boursière du groupe tourne désormais autour de 500 millions d’euros, contre près de 10 milliards en 2018. Quant à son action, elle était descendue à 4,37 euros contre 87,4 euros il y a cinq ans. Elle n’était plus descendue sous 5% depuis 2011.
Tout se jouera dans les prochaines semaines
Le syndicat des salariés, qui dénoncent le fossé entre eux et un patron jugé totalement « hors sol » (Yves Guillemot), a lancé sur BlueSky un appel à la grève nationale dans les studios français pour réclamer la démission du PDG. Les tensions internes et la l’instabilité financière fragilise considérablement la position d’Ubisoft, le rendant plus vulnérable que jamais aux appétits des investisseurs étrangers. Au premier rang desquels se trouve Tencent qui pourrait opérer un rachat global. Ces dernières années, le géant chinois a progressivement renforcé sa position au sein du groupe, via notamment la création de Vantage Studios en 2025. La direction d’Ubisoft devrait s’exprimer dans les prochaines semaines pour en dire davantage sur son avenir.





